6 août 2016

La jeune fille et l'amour

Je ne me suis pas encore étendue sur les raisons de notre rupture. En y repensant, rien que ce mot, "rupture", illustre parfaitement la cassure du quotidien, des habitudes et de la relation amoureuse que l'on ressent quand on se fait quitter. Une "séparation", ça parait moins brutal, moins définitif, ça n'exclue pas forcément l'opportunité d'une réunion ultérieure. Après une rupture, c'est plus compliqué, on parle de "recoller" les morceaux, c'est bien qu'au fond quelque chose s'est brisé et qu'on en gardera toujours la trace quelque part.

Je ne suis ni devin ni omnisciente, j'ai des intuitions et des désirs comme tout le monde mais je n'ai pas la prétention d'être dans le vrai. Ce que je sais, c'est que cette rupture, il en avait besoin, elle était devenue irrémédiable pour lui, et quitte à choisir je préfère qu'il ait eu l'audace de me quitter aujourd'hui plutôt que dans deux, cinq ou dix ans.

Plus on avançait dans notre relation et plus les années passaient, plus j'avais cette petite voix qui me disait qu'on était trop bien trop tôt. Qu'on avait zappé toutes ces années de légèreté et d'insouciance, de flirt sans prises de tête et d'histoire sans lendemains , qu'on ne s'était jamais souciés uniquement de notre propre pomme et qu'on avait finalement créé ce "nous" avant de nous connaître nous-même.

On a grandi ensemble chacun de notre côté, c'est peut être ce qui nous a sauvé si longtemps. Nos opinions se sont affirmées, nos goûts se sont affinés sans jamais que l'un n'essaye d'écraser l'autre avec ses gros sabots ou son entêtement. Comme dans tous les ménages on a eu des débats plus enflammés que d'autres, quelques grosses doses de mauvaise foi, de rares insultes, mais finalement nos évolutions n'ont jamais été en contradictions avec celles de notre couple.

Ce serait mentir ou faire preuve de trop d'orgueil que de nier totalement l'influence qu'il a pu avoir dans mes cheminements personnels et professionnels, mais je dois reconnaître qu'il a toujours eu à cœur de me pousser à rester indépendante, et de s'assurer que les décisions que je prenais étaient avant tout en fonction de moi et non de lui ou de mes parents. La presqu'adulte à peu près équilibrée et à peu près heureuse dans sa vie lui doit quand même plus que ce que sa fibre féministe ne voudrait l'admettre.

Alors bien sûr que cet article transpire la bienveillance et l'idéalisation de notre relation fanée, mais je suis tombée amoureuse de lui la première fois l'année de mes quatorze ans, je ne vais pas renier la moitié de ma vie parce que l'institution du couple a eu raison du mien. Bien sûr que je l'aime et que je le garderai toujours dans mon coeur, parce qu'il a accompagné tous les grands chamboulements de ma vie jusqu'à aujourd'hui dans le respect et la tendresse. (Et bien sûr que mes copines vont me tomber dessus à grand coup de "Eh tu te calmes Leah avec tes articles là!!" dès que j'aurais posté ces considérations en-amourachées)

Depuis que je l'ai rencontré ce premier jour de sixième, j'ai eu l'impression de l'avoir perdu à jamais une dizaine de foi. Les sentiments adolescents sont magnifiques dans leur spontanéité et leur intensité mal maîtrisés. Aujourd'hui, c'est peut être réellement le cas ou peut être pas, personne ne peut prétendre connaître la réponse, pas même lui ou moi.

Souvent quand je repensais à nos souvenirs du collège ou du début du lycée, j'avais l'impression qu'il s'agissait d'une autre personne. C'était à la fois évident que c'était lui, et complètement inconcevable tellement il avait changé ne serait-ce que physiquement mais surtout dans son caractère, sa façon de raisonner et d'envisager sa vie. Je vivais avec le souvenir parfois nostalgique du premier lui que j'avais aimé maladroitement et la présence rassurante de son lui presqu'adulte aussi dans une sorte (déjà!) de schizophrénie heureuse et légère.

Aujourd'hui je crois que je vais devoir gérer avec un troisième artefact de lui, ce lui froid et distant d'après la rupture, ce lui qui me refuse désormais toute intimité alors qu'il ne m'avait jusqu'à présent jamais fermé la porte au nez. J'espère simplement qu'une fois la rupture consumée, qu'une fois qu'il aura complètement retrouvé la liberté si chère à ses yeux, qu'une fois qu'on aura compris comment vivre l'un sans l'autre, on parviendra à garder un lien, à poser les bases d'une nouvelle relation quelle qu'en soit sa nature.

1 commentaires:

Lectorinette a dit…

Ca en devient bizarre tellement ça reflète exactement ma relation avec Yoan ... Tout, du début à la fin, aurait pu être écrit par mes propres doigts sur mon clavier, c'est dingue !

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