21 juillet 2016

De l'art de la schizophrénie



Quand on avait 14 ans, l'adresse mail de mon (futur puis maintenant ex) copain, c'était "cauchemar-schizophrène@blabla.com". Avec une faute d'orthographe à cauchemar, ou schizophrène, je sais plus trop, mais il s'en était rendu compte et ça l'emmerdait profondément de pas pouvoir la corriger (surtout qu'à l'époque il se prenait déjà pour un poète alors forcément ça la fout mal). Je sais pas si y'a des voyants ou des mentalistes qui arrivent à prédire l'avenir en se basant sur des adresses mail, mais le cauchemar schizophrène, je suis en plein dedans.

Je vous ai déjà expliqué ici puis là  que depuis que mon mec s'est barré en emportant avec lui ses habits, ses bouquins et mon cerveau, j'essaye de composer avec les quelques grammes de matière grise qu'il me reste. En fait, je pense que devant la violence du choc émotionnel, mon cerveau a tout simplement fait un "reboot" (comme mon ordi ici c'est fou ! Je commence à devenir vachement douée dans le placement de liens vers mon blog), une "remise à zéro" pour les non-geek-non-anglophones. Aujourd'hui, je dois avoir les capacités cognitives d'un enfant dans sa première année de vie.

Prenons l'exemple de mon filleul de 10 mois pour illustrer mes propos :
- Il joue avec une balle = il est heureux
- Il joue avec sa marraine qui fait des bruits bizarres et une balle = c'est le plus beau jour de sa vie
- La balle est hors de portée = il est motivé et commence à ramper victorieusement
- La balle est (toujours) hors de portée = il s'énerve et fait du surplace
- La balle est (vraiment) hors de portée = sa vie est foutue la balle ne reviendra jamais
- Sa marraine lui renvoie sa balle = ah tiens une balle ! c'est chouette ce jeu !
En l'espace d'une minute quarante secondes il est passé par une multitude d'émotions avec une sincérité déconcertante.

Moi aussi, dans la même heure, je passe par des dizaines d'émotions contradictoires. Ce qui est fou, c'est que comme mon filleul, je vis VRAIMENT les trucs. Genre pendant un moment je me dis que c'est un cauchemar dont je me réveillerai jamais, un cauchemar, un cauchemar, un cauchemar (au cas où vous n'auriez pas compris la première fois!). Puis je passe à autre chose, je cuisine fais réchauffer un plat surgelé ou mate une série, et en y repensant je me dis que ma vie est plus simple comme ça, que ça me permet de me recentrer sur moi même et qu'il ne faut pas que j'ai de rancœur. Puis je vais aux toilettes ou prendre une douche et je me dis que c'est quand même un beau connard/un pauvre type/ qu'il me soûûûûûle. Puis je me couche et il me manque.

Fig 2. "Avant j'étais schizophrene ! Maintenant nous allons mieux!
(oui ça passe mieux sur un mug et en allemand !)
J'ai eu l'impression d'avoir passé le gros de la crise des dizaines de fois. Quand tout va bien, j'ai 8000 arguments qui résonnent dans ma tête et me persuadent de faire les bons choix. Quand tout va mal, plus aucun de ces raisonnements ne fait sens, et j'arrive à en trouver le double pour me convaincre que je fais tout mal depuis le début et qu'il faut absolument que je lui écrive/je l'appelle/lui cuisine des pancakes/chante une sérénade sous sa fenêtre.

La seule leçon que j'ai apprise durant ces six derniers jours, c'est de ne faire confiance ni à mon ego dépressif, ni à mon ego hyper positif.


J'essaye de gérer la cohabitation entre ces deux du mieux possible, en espérant qu'ils arriveront à s'entendre un jour et que mon cerveau recommencera (enfin!) à émettre des messages cohérents.

1 commentaires:

Lectorinette a dit…

Ces émotions contradictoires que je connais trop bien ...

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